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POUR UNE CRITIQUE CHRETIENNE DU MANAGEMENT Définissons tout d’abord le management comme l’ensemble des principes qui président à l’organisation des entreprises. Ils touchent pour l’essentiel aux domaines des relations humaines, de l’organisation technique et de la stratégie d’entreprise. Partons du constat qu’il n’existe pas de critique chrétienne du management. La doctrine sociale de l’Eglise édicte les principes moraux qui doivent conduire l’action des responsables d’entreprises ainsi que des responsables politiques. Mais elle nous laisse le soin de reprendre ces principes pour examiner le détail des diverses tendances du management. Elle doit nous inciter à en regarder la nature, la portée et les limites afin de trier les faux principes de ceux qui demeurent sains. La doctrine sociale nous fournit un cadre, nous permettant d’exercer notre discernement. Nous n’avons rien à inventer, mais il nous reste à travailler. Il existe bien des critiques du management. Elles ne nous sont toutefois d’aucun secours, car elles accusent une lourde charge idéologique très éloignée du christianisme. Ce qui nous importe, c’est de promouvoir une critique chrétienne. A quoi peut servir une telle critique ? Répondons à cette question par d’autres questions : Est-il longtemps possible de garder la foi catholique tout en vivant dans un milieu où prévalent des principes anti-chrétiens ? Oui, à la condition d’identifier ces principes et de s’en préserver. - Est-il longtemps possible de garder une conception catholique de la vie et de la destinée humaine en admettant certaines théories sur l’évolution sociale et sur le comportement contraires à la Foi ? (Nous pensons à quelques théories de la Nouvelle Communication ou à d’autres se rapportant plus généralement au " développement de soi "). Evidemment non, à moins de devenir schizophrène. Allons plus loin : de temps à autre circule le bruit que certaines sectes se sont infiltrées dans le monde du management. A preuve cet article du Monde du 18 septembre 1996 qui épinglait " Landmark Education ". Mais l’article pèche cruellement par l’absence de critères : en quoi les théories diffusées par Landmark ou par l ‘Eglise de Scientologie sont-ils sectaires ? Nous ne le saurons jamais. Comme exemple de résistance à l’emprise des sectes sur la formation, l’article cite la Chambre Syndicale des Professionnels de la Formation qui porte dans son règlement intérieur l’obligation pour ses adhérents de " respecter la liberté de pensée de chacun en s’interdisant tout prosélytisme spirituel, politique ou autre ". Bigre ! Tout un programme. Interrogeons-nous toutefois : " respecter la liberté de pensée de chacun en s’interdisant tout prosélytisme spirituel, politique ou autre ", n’est-ce pas renoncer à démasquer les erreurs ? C’est en tout cas placer la liberté au-dessus d’une possible vérité ; c’est prôner surtout une pensée soucieuse de liberté, sceptique quant à la notion même de vérité. N’est-ce point là un des fondements de la pensée sectaire ? N’est-ce point là l’antichambre maçonnique de la tyrannie de pensée, qui permet tout, sauf d’avoir des convictions ? Qui permet de penser, à condition de ne pas aller au bout de sa pensée, à condition de ne pas vouloir aller jusqu’à la notion de vérité. Nous voyons par cet exemple la nécessité d’une critique solidement ancrée sur le sol catholique, car les critiques qui prévalent actuellement se servent des dysfonctionnements pour fourguer un peu plus leur propre idéologie Sortons de ce bourbier et dégageons un premier critère : le management ne doit pas être inféodé à une idéologie. C’est à dire au monde des idées qui ne reposent pas sur le réel, mais sur d’autres idées. L’idéologie sert à créer un pouvoir et un contrôle sur les intelligences. Morale chrétienne oui. ! Idéologies, non ! Parasitage idéologique de l’économie Le développement de la production et des échanges économiques doit garantir la survie de la société et apporter un certain bien-être. (Cela, nous ne le remettons nullement en question.) De ce développement dépend la jouissance de biens tels que les congés payés, la voiture, l’ordinateur personnel, les appareils électro-ménagers, sans oublier la télévision. (Il y a déjà là peut-être quelques excès). L’expansion économique signifie le bonheur ici-bas et donc le progrès. En faisant la preuve de sa capacité à produire, l’économie libérale veut démontrer que la condition humaine dépend de l’activité humaine, que l’homme n’a besoin d’aucun secours divin, que l’homme se suffit à lui-même. C’est ce qu’elle nommera émancipation. (L’idéologie est à l’œuvre !) Dans la mesure où l’expansion économique signifie le bonheur du genre humain, il est criminel de vouloir la mettre en question. Qui ne voit que, de moyen, l’expansion économique est devenue une fin en soi ? Or, une fin en soi n’a pas à être finalisée. L’Economie s’écrit désormais avec une majuscule. Elle a ses propres loi, ses propres exigences, qu’il convient de respecter. Bref, à quel moment l’économie a-t-elle quitté son statut de servante pour devenir cet être mystérieux qu’il convient de servir ? Les échanges internationaux, corollaire du développement économique, ont atteint un tel stade de complexité que seuls les spécialistes tentent de s’y retrouver. Prenons un exemple. Un agriculteur qui fait naître les veaux est un " naisseur ". Il ne les élève pas. Ses veaux sont ramassés et vendus en Italie pour y être élevés. Puis ils reviennent en France pour la consommation. On explique la complexité par la nécessité et la nécessité par la complexité. " Pourquoi est-ce nécessaire ? –C’est très compliqué. Aujourd’hui, il serait suicidaire de vouloir faire autrement. " Cette complexité du circuit de l’élevage des veaux est expliquée par le nécessaire développement des échanges, dans un contexte extrêmement complexe Cela donne à l’économie son autonomie. Elle se développe soi-disant selon ses propres lois qu’on ne remet plus en question. L’économie s’écrit avec un grand " E ". Elle est personnifiée. On ne discute pas l’économie, on s’y soumet. Le parasitage de l’économie par l’idéologie a pour fonction de créer un pouvoir propre à créer une croyance qui doit s'imposeer par un consensus irrationnel. Cela va jusqu’au terrorisme intellectuel. Ex. : si tu sors de l’Europe, tu meurs ! Parasitage idéologique de la science. La science et la technique subissent le même parasitage La production économique dépend de la science pour assurer son renouvellement et son expansion continue. La science est donc devenue le fondement, l’alibi, la justification de la valeur ajoutée. Plus les produits dépendent des progrès scientifiques et plus la science vient coïncider avec les intérêts sociaux. C’est ainsi que l’agriculture accroît ses rendements par les manipulations de la bio-génétique. Les maladies ou les accidents qui s’en suivent légitiment toujours la Science à laquelle on demande de garantir la santé. On ne discute donc plus la science : on s’y soumet. On voit également le rôle de référence (et non de moyen) que joue la science dans le développement des outils informatiques. La science donne un pouvoir, c’est certain. Dans la mesure où certains utilisent et développent ce pouvoir, et d’autres non, il y aura des gagnants et des perdants. Il faut dès lors suivre et adopter les développements informatiques. On ne discute plus la science, on s’y soumet. Bref, la science comme l’économie échappent désormais à leur statut de servantes. Elles, qui devaient servir en tant que moyens pour aider l’homme à accomplir sa destinée temporelle et spirituelle, se situent maintenant au-dessus de l’homme. Elles ne servent plus de moyen : elles sont devenues des références. Elles sont devenues des entités indépendantes, des entités majusculaires (comme dit Marcel De Corte). Elles sont personnalisées, hypostasiées. En fait et en vérité, elles subissent un parasitage idéologique. La pensée contemporaine se représente la Science et l’Economie sur un axe temporel de progrès. A celui qui ferait remarquer qu’il n’est pas très normal que la croissance économique apporte le chômage et la précarité de l’emploi, - on expliquera que tout cela est une question d’époque. L’époque présente marque une mutation importante par rapport à l’époque passée. Cette mutation doit s’accompagner d’un changement de mentalité. Le chômage, la peur de perdre son emploi atteste simplement une inadaptation à l’époque présente, un retard dans le changement des mentalités. Autrement dit : la norme est le développement économique dans la forme qu’on lui connaît. C’est une donnée première. L’économie n’est pas responsable du chômage. Ce sont les mentalités arriérées qui en portent la responsabilité. Le management dans l’entreprise est largement conditionné par cette idéologie. A celui qui voudrait s’y soustraire, nous conseillons de le faire d’abord individuellement et mentalement. L’essentiel est de préserver son être chrétien. Nous lui déconseillons de s’exposer publiquement devant les cornes du taureau. Cela ne lui servirait à rien. Michel Tougne Nombre de commentaires (0) - Ajoutez vos commentaires à cet article... |