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La question de la nature huamaine est importante. Sans nature, point de morale. Sans morale, point de bien ni de mal. S'il n'y a ni bien ni mal, la question du salut disparait. Aucune religion n'est plus possible. Notre but est de ramener dans la société et premièrement dans le travail, la notion morale de bien et de mal.
La notion de nature S’interroger sur la conception chrétienne du travail, rejoint nécessairement la question de la conception chrétienne de l'homme, la conception de la nature humaine. Aucune doctrine chrétienne ne saurait voir le jour, si l'on n'admet pas préalablement la réalité de la nature humaine. Quelle est donc cette nature ? Mais d'abord, qu'appelle-t-on une nature ? La nature c'est l'essence, c'est ce par quoi on est ce qu'on est. Pour l'homme, le concept de nature désignera ce qui est commun à tous les hommes, ce qui fait qu'ils sont "hommes" et non "choses" ou "animaux". Chaque être créé a en soi-même un principe qui lui permet de rester ce qu'il est (i.e. l'homme reste homme à tous les âges de sa vie) et qui explique son changement, son développement, et son comportement : i.e. l'enfant ne pense ni n'agit comme l'adulte, ni l'adulte comme le vieillard ; pour autant tous ces comportements sont humains. Toute nature est portée à se comporter conformément à ce qu'elle est. Les évolutions que les êtres vivants subissent durant leur vie ne les font point changer de nature car celle-ci n'existe "et n'agit qu'orientée du dedans vers sa fin, qui est d'abord son propre accomplissement à travers lequel elle concourt à l'accomplissement de l'univers, à la fois en concurrence et en convergence avec les autres natures." La nature est en chaque être le principe intérieur de ce qu'il est et de son accomplissement, (i.e. e vers quoi il tend, vers sa fin.) Tous les êtres créés tirent leur nature de l'action de Dieu. La création entière est faite par Dieu et pour Dieu. L'Eglise ne considère la nature créée qu'en tant que créature et renvoyant à Dieu. La nature humaine, chef d'œuvre de la création, n'a pas sa finalité ultime ici bas, mais dans l'au-delà, dans une union éternelle avec Dieu. Non pas que cette finalité surnaturelle soit, dès l'origine inscrite dans la nature. Notre finalité surnaturelle n'est pas due à la nature, elle est un don divin et gratuit, elle nous est donnée par grâce et nous en sommes instruit par la Révélation. La nature animaleSi nous comparons l'homme aux animaux, nous voyons que leur nature est caractérisée par le fait qu'ils sont conduits par l'instinct. Sans rien avoir appris, l'animal reconnaît la nourriture qui lui convient. Il adopte naturellement les comportements propres à son espèce lors de la reproduction, dans les jeux ou dans les combats. Sans entraînement ni dressage, un chien sait tuer un serpent avec une sûreté et une rapidité de réaction qui nous surprend. Certains comportements peuvent même être très élaborés. (Par exemple, tisser une toile d'araignée n'a rien de facile.) Toutefois, ils restent instinctifs : ils apparaissent chez l'animal sans aucun apprentissage et surtout l'animal semble être déterminé par son comportement : il ne peut ni le modifier ni en sortir. Nous voyons que par ses comportements instinctifs, l'animal est infailliblement guidé vers sa finalité : la conservation de soi et la survie de l'espèce. Nature animale et nature humaineA comparer l'homme à l'animal, il est difficile de nier l'existence d'une nature propre aux espèces. L'homme est un être raisonnable. "Tout d'abord, son inclination la plus spécifique sera de vivre selon la raison. Et puis toutes les inclinations de son être, même celles qui lui sont communes avec les autres êtres de la nature sont connues ou connaissables par la raison comme l'expression d'une loi qui, finalement, est divine, éternelle. Une inclination naturelle connue par la raison n'est plus déterminante. Elle donne lieu à un choix. Elle doit être assumée librement. Elle peut être méconnue, refusée, déviée. Mais ce qui n'est plus nécessité déterminante et aveugle devient obligation. Le bien se présente comme à faire. Il n'apparaît plus comme seulement comblant et heureux pour le sujet mais comme ayant droit sur lui, comme moral." En tant qu'être raisonnable, capable de connaissance, l'homme est guidé par sa conscience. L'obligation, le devoir est ce qui, chez l'homme, tient lieu de guide vers le bien. Le propre de la nature humaine est donc d'avoir accès à un plan moral, par lequel il lui est possible de discerner le bien et le mal. Le décalogue (i.e. les dix commandements ou la loi naturelle) à été mis par Dieu dans le cœur de l'homme. Mais cette loi intérieure est obscurcie par le péché originel, ce qui explique la nécessité de l'éducation, de la pénitence et de la mortification. L'homme ne peut arriver seul à sa perfection. Ne serait ce que pour l'apprentissage du langage. Il a nécessairement recours à la société afin de se développer et d'accomplir sa destinée. De cette conception de la nature humaine, nous retiendrons les points suivants : - L'homme est un être raisonnable.
- L'homme pose des actes libres dont il est responsable. Il est un sujet et non un objet.
- L'homme n'est pas irrévocablement guidé par son instinct, comme l'animal, mais il peut, par l'étude, acquérir des connaissances.
- Il ne suffit pas de dire que l'homme est un être raisonnable, doté d'intelligence et de volonté, capable de poser des actes responsables. Encore faut-il ajouter que la loi morale doit guider l'homme et doit fonder ses actes. L'homme présente souvent une conscience obscurcie par défaut d'éducation ou par défaut de mortification (du corps ou de l'esprit) le but de la mortification est de rétablir l'ordre voulu par Dieu.
- Enfin, l'homme est un être social qui ne peut arriver à ses fins temporelles matérielles et spirituelles sans une famille, sans la société civile. L'homme ne peut pas se concevoir sans enracinement social. Sur le plan surnaturel il ne peut non plus arriver et à ses fins sans le secours de l'Eglise.
Doctrine sociale de l'EgliseNous proposons de recourir à un texte, particulièrement dense, mais aussi parfaitement clair de Mgr A. Dell Acqua intitulé : Nature et sens de la morale professionnelle. Nous y trouvons l'essentiel des notions qui caractérisent le travail chrétien. Pour définir une profession, Mgr Dell Acqua écrit : "L'analyse du concept de la profession montre que celle-ci est une activité personnelle, réalisée en vue de la communauté, avec une fin transcendante. Dans la profession, il y a un individu qui entreprend un travail durable duquel il tire sa subsistance. Le choix de ce travail est déterminé par la vocation, clé de la réussite future. Cette vocation, qui suppose une inclination naturelle pour un travail déterminé, exige, pour être véritable, des aptitudes nécessaires. Dans ces conditions, l'homme exercera son travail, tant dans son intérêt propre que dans l'intérêt de la communauté, avec bon esprit et compétence. Pour arriver à cette fin, l'individu agit avec rectitude, il ne se considère pas comme le terme exclusif de son travail et il est toujours disposé à ce qu'exige de lui le bien de la communauté. C'est là la note caractéristique de ce travail : il est essentiellement social, il s'exerce au bénéfice du prochain et de la société organisée, et, par lui, l'homme participe à la vie sociale. Ces éléments essentiels de la profession montrent qu'elle est une activité pratique et, par conséquent, réglementée par une loi morale, dans le cas présent, par les lois de la morale chrétienne." Le lien primordial entre le travail et la loi morale est ainsi établi. Lien entre le travail et la sociétéD'où vient la déchristianisation ambiante, l'apostasie (plus ou moins) silencieuse de l'époque actuelle ? Dans le monde du travail, nous constatons l'agnosticisme moral dont font preuve la plupart des théories de management. La morale s'y trouve évacuée au profit de la projection d'une vision "technique" d'organisation de la communauté humaine. Les approches techniques, technocrates, bureaucratiques mécanistes ou matérialistes du travail, de l'entreprise et de la société ne laissent aucune place à la réflexion morale, qui, nous l'avons vu, est le propre de l'homme. La morale est nécessairement évacuée lorsque la conception de l'homme, présente dans les organisations, relève de théories de management ne prenant pas en compte la réalité de la nature humaine. Par exemple, en assignant à l'homme des tâches mécaniques et répétitives, le taylorisme déforme le travail humain en un travail de machine. L'homme devient machine. Son travail devient anonyme, automatique, impersonnel. Aucune morale ne peut se fonder sur une activité, certes encore humaine, mais qui s'analyse plus en termes mécaniques qu'en termes humains. Le jugement moral à porter est qu'on ne doit pas supprimer au travail son caractère humain. L'homme moderne revendique une autonomie de la pensée technique ou techniciste. Il n'admet pas qu'on subordonne la pensée technique aux impératifs moraux. Il s'insurge et accuse ceux qui revendiquent les droits de la morale sur les activités techniques, d'être un frein au progrès. Selon lui, la morale est impuissante dans l'action, alors que la technique rend efficace l'action humaine. L'homme moderne pense avoir trouvé mieux que la morale. Ce faisant, il voudrait faire fonctionner l'homme comme une mécanique, sur des modèles inventés par lui. Il nie la prépondérance de la nature humaine qu'il veut plier à ses vues. Or, le bien de l'homme n'est pas de se recréer suivant un modèle informatique ou autre, mais de suivre sa fin qui est comme pour toute nature de persévérer dans l'être. L'homme ne peut pas percevoir sa fin transcendante et surnaturelle, si le sens moral est chez lui étouffé à force de vivre dans un milieu totalement étranger à la morale. La grâce de Dieu vient se greffer sur la nature humaine. Mais si la nature humaine est par trop déformée, par trop dénaturée par des activités et des modes d'organisations mécanistes (par essence sans âme : une machine n'a pas d'âme) la grâce n'est ni demandée, ni reconnue. L'irréligion est alors inévitable. C'est l'apostasie de notre monde moderne. Notre intention est de montrer comment le management substitue au mode de penser moral un mode de penser technique. Le milieu de l'entreprise qui est pourtant un milieu humain, où les hommes agissent sur d'autres hommes et manipulent des moyens énormes, voudraient codifier la conduite humaine sur d'autres notions que celle du bien ou du mal. Hugo Clementi Nombre de commentaires (0) - Ajoutez vos commentaires à cet article... |