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Nouvelle communication - L'analyse transactionnelle
Écrit par Hugo Clementi   
09-10-2006

La science ne confond pas un dessin sur papier avec la réalité. et préfère le réel. "Les faits ont toujours raison". Ce sont eux qui corrigent la théorie. Pour l'AT, les systèmes qu'elle dessine sont plus vrais que le réel. Il est donc impossible de les mettre en doute, car le réel ne sert plus à rien.  

 Céline Muhgot : L'AT. ne se prétend pas êtrre une tentative d'explication ou d'interprétation du comportement humain. . L'AT. propose des modèles qui veulent, en tant que modèles, non pas représenter le mécanisme réel  (la cause cachée du comportement), mais uniquement suggérer des mécanismes qui pourait servir à représenter les comportments. Dans votre critique , vous contestez ce recours au modèle. Expliquez-nous pourquoi.

Hugo Clementi : En premier lieu, je voudrais préciser que la question ne porte pas sur le fait de savoir si l’emploi de modèles en science est justifié. Il l’est sans conteste. On peut admettre qu’il joue un rôle équivalentune mise en représqentation. Plus exactement que "rendre compte", on pourrait dire qu'un modèle permet de reconstituer artificiellement un comportement. Certains admettront que cela suffit sans aller jusqu'à vouloir "comprendre". Il n’est donc pas dans notre intention de condamner l’utilisation de modèles en science.

C. M. : Alors, où est le problème avec l’AT ?

H.C. : On peut utiliser des modèles, à la condition qu’on s’en tienne à ce qu’est véritablement un modèle. A savoir, une représentation et non un système explicatif. Lorque je représente une force par une droite dont la longueur varie en fonction de l'intensité de la force, je n'explique rien, je représente un phénomène. C'est tout. Cette représentation pourra m'aider à prévoir un certain nombre de choses, mais prévoir n'est pas expliquer. C'est pourquoi un  modèle ne doit pas exonérer l’esprit de son questionnement ni de sa recherche sur la véritable nature des choses comme sur les véritables causes des phénomènes. Le modèle ne peut donner prétexte à un endormissement de l’esprit. Si la recherche continue, le modèle évoluera, cherchant à s’approcher du réel. Mais en AT., les mêmes modèles se répètent sans évoluer. Les auteurs se citent les uns les autres et n’osent plus ajouter de complications à leurs schémas déjà si complexes.

C. M. : Vous reprochez donc à l’AT son endormissement doctrinal ?

H.C. : L’AT s’est enfermée dans un système auto-validant, qui empêche toute remise en cause sérieuse. Pour l’AT, les critiques qui lui sont adressées ne peuvent venir que de personnes qui branchent leur Parent-Critique (PR) ou leur Enfant-Rebelle (ER). Donc, pour l’AT, il n’y a pas de discussions possibles sur les fondements de la théorie. Même les faits les plus graves n’arrivent pas à ébranler cette dogmatisation qui sévit là ou elle n’a pas lieu d’être.

Selon nous, un modèle est en A.T. une sorte de prothèse mentale, succédané du véritable effort intellectuel qui, selon le mot de marcel De Corte,  engendre le concept dans son mariage avec le réel.  Cette prothèse permet d’imaginer une reconstitution possible du comportement. Le modèle dispense de réfléchir. De même que la machine à calculer dispense de l’effort intellectuel de compter.

C. M. : Mais cet endormissement n’est peut-être que provisoire ?

H.C. : Personnellement, je ne le pense pas, car l’AT semble surévaluer les modèles qu’elle a fabriqués. Je m’expllique.

Elaborer un modèle revient à élaborer une représentation par laquelle les comportements observés pourraient effectivement se produire. Proposer des modèles "qu'on sait bien ne pas exister" – ajoutent ces praticiens – c'est proposer une "logique" susceptible de reproduire le comportement. Mais tant qu’on n’avance pas plus prêt des phénomènes, tant qu’on ne remonte pas aux causes des comportements, il faut rester prudent et réservé sur les modèles.

Un modèle ne prétend nullement et ne cherche nullement à cerner la vérité ; il cherche seulement à mettre des phénomènes en représentation : il n'a donc nul besoin de prouver son existence ou sa probabilité ; à la différence d'une hypothèse qui, lorsqu'elle est suffisamment confirmée, devient une thèse.

Mais cette différence – légitime – entre modèle et hypothèse, ne sert-elle pas aussi de faux-fuyant entretenant l’ambiguïté ? Dans la mesure où l'on se réfère au "modèle" non pas seulement pour représenter mentalement, mais aussi pour comprendre le comportement., pour en fixer les origines et les raisons et finalement en rendre compte, le modèle ne devient-il pas équivalent à une hypothèse explicative ?

C. M. : Vous reprochez donc une confusion des genres. Est-ce si grave ?

H. C. : Sans aucun doute, oui. A force de représenter l’homme tantôt comme une machine qui fabrique et consomme de l’énergie, tantôt comme un magnétophone dont on peut rembobiner la bande, tantôt comme un prince transformé en crapaud, l’AT montre un profond désintérêt pour la réalité du sujet humain. Quand elle étudie l’homme et plus précisément, la communication humaine, elle ne touche pas à quelque chose de neutre. Elle doit chercher à cerner le réel au lieu de recourir à son imagination. L’emploi fantaisiste des modèles fait qu’elle manque l’objet de on étude. Son discours est vain. Et cela peut être dangereux quand elle veut appliquer ses théories sur des enfants.

C. M. : Mais les thérapeutes savent bien qu’un modèle n’est pas le réel. Ils le disent eux mêmes.

H. C. : Ils le disent eux-mêmes, c’est exact, mais c’est là que réside la plus grosse ambiguïté.

Dans les faits, le "modèle" de l’AT ne se contente pas d’être représentatif. Il devient principe explicatif. Ainsi en est-il du PAE, socle de l’institution et qu’on ne touche plus. Quand on tente d’expliquer la schizophrénie par les injonctions parentales, on n’est plus dans un modèle, on est dans l’explication. On n’est même plus au niveau de l’hypothèse, on est au niveau de la thèse, au niveau du dogme.

C. M. : Quelle sera votre conclusion?

H.C.: Permettez que nous terminions en citant les propos d’un ami qui réfléchissait encore recemment avec moi sur l’AT.

Il semble, disait-il, que tout progrès semble compromis par une contradiction rédhibitoire, rendant stérile le système tout entier. On note d’abord une allure descriptive qui classe des comportements en nombre infini dans des catégories dont l’existence métaphorique débouche sur des modèles d’une grande lourdeur et d’une grande complexité. La solution serait de quitter l’allure descriptive pour remonter aux causes. Mais l’AT. ne se propose nullement d’expliquer le comportement par les causes. Elle reste donc au niveau de la description interminable des comportements accompagnée de la fabrication des modèles qu’elle n’ose pas rendre encore plus complexes.

D’autre part, la théorie de l’AT part du point de vue qu’il vaut mieux élaborer un modèle plutôt que de chercher à cerner la réalité de l’être humain. On capitule dans la recherche du vrai, sans doute réputé (c’est très moderne) inconnaissable. L’AT doute du vrai. Elle ne recherche pas le réel. Elle ne peut donc que préférer ses propres représentations à la réalité. Cette capitulation dans la recherche du vrai, devient peu à peu un refus du réel. C’est ce qui explique qu’on se moque éperdument de distinguer entre un modèle, genre mineur dans les degrés du savoir, et une hypothèse explicative. L’AT transforme ses modèles en systèmes explicatifs sans même s’en apercevoir. Partie d'une allure descriptive, elle arrive à ne tavailler que sur des idées et ne s'occupe plus de l'homme concret. En somme, il manque à l’AT le goût du vrai qui motive la recherche. Cette absence de rigueur démontre la débilité de sa position épistémologique.

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Dernière mise à jour : ( 10-11-2006 )
 
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